Le parfum des hommes – Kim-su Bak

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17 mars 2015 par sweetmadonna

Nouvel article, proposé par Manhwa France :

 

Après Quitter la ville en 2009, Kim-su Bak revient en France toujours chez Atrabile avec un second one-shot, Le parfum des hommes. Je vous avais déjà présenté ce titre lors de son annonce et vous avez également pu en ré-entendre parlé dernièrement puisqu’il a remporté le prix Tournesol 2015. Retour sur ce titre militant qui, s’il ne vous bouleversera pas dans sa forme, saura assurément vous toucher par son fond.

 

 

Le parfum des hommes, comme dit plus haut, est un titre militant. Militant et aussi plutôt couillu de la part de son auteur. En France, le titre pourra éventuellement faire réfléchir. Mais en Corée, il a du être très compliqué à sortir, très compliqué à mettre en place, très compliqué à « vendre » à un éditeur… Dommage par ailleurs que l’on n’ait pas plus d’info sur la création du titre et les difficultés que l’auteur a du rencontrer. Car le contraire serait étonnant quand on voit le sujet du livre et la puissance de son « adversaire », à qui il n’épargne rien. Petite présentation rapide de l’éditeur français, pour vous mettre dans l’ambiance :

 

C’est à 18 ans que Yumi commence à travailler dans une usine Samsung spécialisée dans les semi-conducteurs. Deux ans plus tard, elle se plaint de douleurs. Le diagnostic tombe alors, comme un couperet: elle est atteinte de leucémie. L’état de la jeune fille va rapidement s’empirer, et elle décédera finalement sur la banquette arrière du taxi conduit par son propre père, Sang-ki Hwang, alors qu’il la conduit à l’hôpital. M. Hwang se rendra vite compte que sa fille n’est pas la seule ouvrière à être tombée malade. Et si c’était son travail, en l’exposant à des matières hautement toxiques, qui l’avait tuée? Afin de rendre publique cette situation et d’honorer ainsi la mémoire de Yumi, Sang-ki rencontre des responsables de partis politiques et des médias.  La réponse est trop souvent identique: personne n’ose défier le géant Samsung. Depuis, Sang-ki ne cesse d’entreprendre des démarches avec d’autres victimes de Samsung.
Kim Su-bak se transforme dans Le Parfum des hommes en journaliste amateur, et va à la rencontre de nombreux protagonistes de ce drame humain. Il dresse alors un portrait croisé, celui de la jeune victime d’une part et de l’autre celui de l’ogre Samsung, éclairant avec minutie et sans concession les pratiques douteuses d’une des firmes les plus puissantes du monde, qui cumule mépris total pour ses employés et malversations financières ahurissantes.
C’est un récit à la fois âpre, touchant et révoltant que mène ici l’auteur de Quitter la Ville, un récit où il démontre implacablement à quoi conduit la recherche unique et sans scrupule du profit.

 

A l’heure où certains reportages se multiplient pour dénoncer le traitement réservé aux salariés des sous-traitants chinois d’Apple, Le parfum des hommes vient rappeler que la concurrence ne fait pas mieux, et dans son propre pays qui plus est ! C’est ainsi que l’on va découvrir, au fil des pages, l’énorme puissance de Samsung dans son pays, pouvant presque tirer toutes les ficelles, s’évitant les procès et jouant avec les lois, les règles, et la santé de ses travailleurs. Le sort de Yumi va servir de déclencheur et va, grâce à la lutte incessante de son père, Sang-ki Hwang, permettre une remise en question de la société coréenne, jusque là complètement soumise à Samsung et ses dirigeants. Ainsi, outre la lutte pour la reconnaissance des cancers contractés par les travailleurs dans les usines de l’entreprise, la création d’un syndicat, inexistant jusqu’alors, ainsi qu’une amélioration et une sécurisation de certains postes à risques dans les chaînes de montage vont découler du combat mené par un père qui a vu sa fille mourir dans son taxi, après des mois de lutte contre la maladie.

 

parfumdeshommes

 

Le parfum des hommes n’est pas vraiment une bande dessinée. Il s’agit plus d’un reportage graphique, d’un documentaire argumenté, de recherches poussées pour établir la vérité et faire vaciller un géant qui pensait ne pas pouvoir l’être. En se mettant ainsi en face de Samsung, Kim Su-Bak semble avoir eu un énorme courage. Les témoignages qu’ils nous transmet dans ce one-shot mettent en lumière des pratiques d’un autre temps, et impliquent forcément, de manière implicite, à se poser soi-même la question de son rapport aux nouvelles technologies. Si Apple et Samsung ont ce genre de comportement, suis-je complice en consommant leurs produits fabriqués dans des conditions contestables ? Bien entendu, le propos tenu par Kim Su-Bak pourrait sans doute se transposer à bon nombre d’autres grandes entreprises, aux comportements équivalents et aux responsabilités toujours aussi légères. Il est d’ailleurs assez étonnant de voir que ce genre d’affaire, au retentissement assez colossal en Corée, ait finalement eu chez nous aussi peu d’impacts. Pourtant, en naviguant un peu sur le net, on peut retrouver, ici ou là, plusieurs articles sur le sujet, que ce soit sur le site de Huffington Post ou sur celui de Libération. Les autres sont pour la plupart des articles sur des sites activistes, loin des médias tous publics.

 

Construit sur des pages en 6 cases, parfois 4 ou 5, Le parfum des hommes propose un découpage très simple, sans fioritures, et un dessin au diapason. Pas besoin de démonstration particulière de la part de l’auteur, l’essentiel étant le contenu. On suit ainsi le combat de Sang-ki, entrecoupé des différentes affaires et procès autour de Samsung, jusqu’au début d’une victoire qui s’amorce sur la fin. L’auteur conclue son oeuvre avec quelques photos de Yumi et un petit point sur les procès en cours.

 

Si on pouvait légitimement penser qu’un titre comme Daisy ou Les pommes Miracle pouvait également prétendre au prix Tournesol cette année, force est de reconnaître que le lauréat n’a pas volé son prix. Le parfum des hommes (titre dont on trouve l’explication dans les dernières pages de l’ouvrage) fait partie de ces oeuvres nécessaires et qui sont le témoignage d’une époque, une trace indélébile des conséquences des actes de certains industriels. Le destin de Yumi, une victime parmi des dizaines voire des centaines d’autres, vous touchera forcément, même si pour cela il faudra faire l’effort de lire une succession de dates et d’événements forcément moins passionnants lorsque l’on ignore tout de l’affaire d’origine. Quoi qu’il en soit, Les éditions Atrabile nous ont offert avec ce titre une oeuvre engagée et militante, au message fort.

 

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