2014 : année 1 pour Akata

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28 janvier 2015 par sweetmadonna

Après 12 années d’entente cordiale, les éditions Delcourt et Akata se sont séparées fin 2013. C’est ainsi que la maison d’édition créée par Dominique Vérêt a décidé de voler enfin de ses propres ailes après avoir été le directeur de collection de son ancien camarade de jeu, donnant à la France du manga quelques perles, que ce soit côté shôjo, avec les deux hits du genre parus en France à ce jour, Fruits Basket et Nana, ou dans les autres genres, dont nous sortirons du lot un Ki-Itchi engagé et politique, qui colle pile-poil à cette image d’éditeur « militant » qui colle à la peau de la petite entreprise basée dans le Limousin, sans que cela ne soit pour lui déplaire.

 

 

La politique éditoriale

 

Derrière cette expression un peu barbare se cache juste la manière dont l’éditeur va concevoir son catalogue, les thèmes qu’il va aborder, son objectif, ses idées, ses envies… Bref, un vrai projet, une vraie « politique », élément qui semble essentiel pour s’en sortir de nos jours dans un marché sursaturé et où certains éditeurs peinent à imposer une véritable identité. Laissons ces belles paroles derrière et rentrons donc un peu plus dans le concret.

 

Avec Seediq Bale en septembre 2013, un peu avant donc la fin effective de la collaboration Akata/Delcourt, le tout nouvel éditeur Akata affiche la couleur : édition grand format, couverture cartonnée, appareil critique conséquent et titre engagé, puisqu’il est « un véritable pamphlet en faveur des peuples opprimés et du respect des cultures premières ». Voilà qui est dit. Le second titre proposé ne s’éloigne pas vraiment de ce constat puisqu’il vient compléter cette collection nommée « romans graphiques du monde » : Moi, jardinier citadin, l’histoire vraie d’un homme qui découvre les joies du jardinage bio, sans pesticides ! On connaissait l’éditeur engagé écologiquement, le voilà qui joint les actes à la parole. Mais pour continuer à surprendre et toucher un public toujours plus vaste, Akata se lance dans la création ! C’est ainsi qu’arrive le titre Les torches d’Arkylon, signé Michaël Almodovar. Et pas n’importe comment ! En effet, les 5 premiers chapitres de la série sont proposés en free-to-read sur le site de jeux vidéo Gamekult ! Une tentative osée de casser des barrières… Et les shôjos dans tout ça ? Akata étant également connu pour ses choix parfois osés côté manga pour filles. Pas de raison que cela change et février voit donc l’annonce de deux nouvelles séries : Journal d’une fangirl et Bienvenue au club. C’est fin mars qu’Akata se décide enfin à nous présenter ses « collections ». Finis les éternels shôjo/shonen/seinen, une seule collection principale réunira la majorité des titres, et deux collections « hors-série » viendront compléter le catalogue. Pour la collection principale, voici un résumé en image :

 

 

Concernant les collections « hors-série », on en connait déjà une : roman graphique du monde, où on peut retrouver Seediq Bale et Moi, jardinier citadin donc. Quant à la seconde, c’est mi-avril qu’elle est annoncée : la collection WTF ?! L’un de ses objectifs est de casser l’image un peu trop sérieuse, un peu trop moralisatrice que peut parfois véhiculer l’éditeur avec des choix et des propos tranchés. Trois jours plus tard, le synopsis de Magical Girl of the end donne tout son sens à cette nouvelle collection. Et on se retrouve, finalement, avec un catalogue très varié, ne délaissant ni la ligne éditoriale historique de la maison, avec des shôjos différents, comme le montrera l’annonce en avril de la sortie de Daisy, lycéennes à Fukushima ou celle d’orange en juillet, et des titres engagés comme Les pommes Miracle annoncé en septembre.

 

En résumé, les toutes nouvelles éditions Akata, ce sera :

– des mangas pour tout le monde, que l’on repère via des « étiquettes »

– des éditions luxueuses pour des titres hors normes

– de la création originale, pour une « nouvelle bande dessinée »

– du WTF parce que ça fait du bien parfois

– de l’écolo, parce que cela correspond à cet éditeur « campagnard »

 

Avec, toujours, cette volonté de ne pas utiliser le manga comme juste un divertissement, un média jetable et remplaçable, mais comme un loisir qui peut instruire, éduquer, intéresser dans son thème. Bref, de la BD qui enrichit. Programme alléchant. Reste à voir ce que cela donne dans les faits.

 

Le catalogue

 

Au final, en 2014, Akata aura publié 23 volumes pour 10 séries, dont 5 publiées dans leur intégralité (les one-shot Les pommes Miracle et L’argent du déshonneur, ainsi que les séries courtes Moi, jardinier citadin, Daisy, lycéennes à Fukushima et Journal d’une fangirl). Si on ajoute Seediq Bale, on a donc eu 11 séries différentes : 3 dans la collection « roman graphique du monde », 1 dans la collection WTF ?! et le reste dans la collection principale. Comme vous le savez peut-être, j’ai une affinité particulière pour Akata, dont certains titres m’ont fait changé ma vision du manga. J’ai donc les 24 ouvrages édités depuis leur début. Petit tour d’horizon exhaustif (par ordre de sortie du premier volume), avec le lien vers l’article du blog concernant le titre :

Seediq Bale

Moi, jardinier citadin

Les torches d’Arkylon

Bienvenue au club

Journal d’une fangirl

Daisy, Lycéennes à Fukushima

Magical Girl of the end

orange

L’argent du déshonneur

Les pommes Miracle

Prisonnier Riku

 

On peut également retrouver certains des volumes sortis dans les divers Lectures en vrac de l’année :

 

Lectures en vrac – septembre 2014

Lectures en vrac – octobre 2014

Lectures en vrac – janvier 2015

 

Et comme il est possible que vous ayez la flemme de tout lire, je vais vous faire un petit point rapide sur la qualité globale des oeuvres parues chez Akata en 2014. On va commencer par la plus décevante, et c’est d’autant plus le cas qu’elle avait bien débuté : Journal d’une fangirl. Si le premier volume est franchement sympathique, le dernier (la série en compte 3) déçoit grandement et on se dit que l’on est passé à côté d’un titre qui aurait pu être excellent. Dommage donc. Et puisque l’on parle de shôjo, abordons les deux autres titres de ce genre proposés cette année. Bienvenue au club fait partie de ces titres que l’on peut lire peu importe son sexe, même si le côté romance est un peu plus poussé dans le dernier tome paru. C’est moderne, rythmé, drôle, émouvant… Bref, ça fonctionne bien. Quant à orange… haaaa, orange… Sans doute l’une des toutes meilleures nouveautés de l’année ! A partir d’un récit assez simple, Ichigo Takano réussit à produire une série poignante, passionnante, intense, qui marque profondément le lecteur. L’une des meilleures pioches de ces dernières années, tous éditeurs confondus ! Dernier shôjo, mais un peu à part puisqu’il fait partie de ces titres « écolos » du catalogue d’Akata : Daisy, lycéennes à Fukushima. Là aussi, nous avons un récit poignant et touchant, qui touche d’autant plus qu’il parle d’un sujet qui nous concerne et fait suite à des événements terribles qui nous ont tous marqué. C’est souvent juste, et c’est à lire absolument. En parlant de titre écolos, passons désormais aux deux autres publiés cette année : Moi, jardinier citadin et Les pommes Miracle. Les deux abordent le même thème : faire de l’agriculture biologique, en utilisant le moins possible de pesticides et autres artifices. Deux ouvrages passionnants dans leur fond, avec en plus un graphisme différent pour le premier cité. De quoi faire réfléchir sur certains aspects de notre mode de vie, ce qui semble être le but de l’éditeur. Côté shonen, le WTF Magical girl of the end a séduit beaucoup de monde, moi y compris, avec une oeuvre qui part dans tous les sens, mais sous contrôle. On attend de voir la résolution de tout ceci pour être totalement conquis mais, pour le moment, cela fonctionne très bien. Les torches d’Arkylon, la création de l’année d’Akata, est également très porteuse d’espoirs. Le second volume est très attendu et on espère que la qualité sera toujours au rendez-vous ! Enfin, Prisonnier Riku, le gros pari de l’année, commence très bien malgré de légers bémols. Rien de rédhibitoire et, là aussi, pour le moment, la lecture est très plaisante et efficace ! Finissons par deux titres de la collection « roman graphique du monde ». Seediq Bale, sortie en septembre 2013, lançait parfaitement le tout nouvel éditeur avec un titre engagé, qui, en plus, ne brossait pas forcément les japonais dans le sens du poil. L’argent du déshonneur, avec son titre français évocateur, possède lui aussi un message fort et entre parfaitement dans la politique d’Akata.

 

Bref, vous l’aurez compris, Akata réalise presque un sans-faute en 2014, ce qui est remarquable. Espérons qu’il en soit de même en 2015.

 

La qualité d’édition

 

Qui dit nouvel éditeur dit nouvelle organisation interne. Il a donc fallut, pour Akata, tout « recommencer », repartir de zéro. Et cela ne s’est pas fait sans mal. S’il n’y a eu, au début pas grand chose à dire vu la qualité des ouvrages produits, la seconde moitié de 2014 a été plus compliquée, quasi-exclusivement à cause de problèmes avec leur imprimeur. On a ainsi eu, pour les premiers volumes de Journal d’une fangirl ou Bienvenue au club, des marges trop étroites rendant difficile la lecture de certaines bulles. Certains tomes du premier cité ont même eu droit à un chapitre du second cité pour clôturer l’ouvrage ! Est venu ensuite le problème des multiples reports de Prisonnier Riku, conjugué au partenariat avorté avec Joe Dalton, les couvertures hyper fines du volume 1 d’orange, les postfaces « refusées » pour Les pommes Miracle… On notera enfin quelques soucis de coquilles, présents notamment sur le premier volume d’orange ou sur L’argent du déshonneur. Bref, tout n’a pas été facile pour Akata mais le plus dur semble désormais derrière et 2015 ne devrait pas voir ces problèmes se reproduire. C’est tout ce qu’on leur souhaite. Hormis ces petits détails techniques, la qualité globale est très satisfaisante, en particulier pour la collection « roman graphique du monde », excellente en tous points.

 

Et 2015, ce sera comment ?

 

Si l’éditeur va forcément nous proposer quelques nouveautés (on en parlera un peu plus bas), il va aussi devoir poursuivre ses séries en cours. Ainsi, Prisonnier Riku devrait sortir mensuellement, orange verra sa publication rattraper la japonaise, Bienvenue au club poursuivra son petit bonhomme de chemin, Magical girl of the end s’approchera de la fin de sa première saison (au tome 8) et Les torches d’Arkylon reviendra pour un second volume très attendu. Bref, cela fait déjà pas mal de choses au programme, auxquelles on ajoutera 3 nouveautés déjà annoncées et 2 supplémentaires qui arriveront prochainement, toutes pour le premier trimestre 2015.

 

 

Les 3 premières arrivent dès la fin du mois : Le geek, sa blonde et l’assassin dans la collection WTF ?! et Les naufragés (de Min-ho Choi, l’auteur de Moi, jardinier citadin) et Mes années 80 dans la collection Romans graphiques du monde. Des univers complètement différents qui promettent des lectures variées et passionnantes. Un autre titre de la collection WTF ?! va faire son apparition en février, avant un « polar shôjo » en mars. L’année 2015 doit être l’année de la confirmation pour l’éditeur, qui semble pouvoir compter sur une fan-base conséquente, à sa grande surprise. Et pourtant, il n’y a finalement rien d’étonnant à cela !

 

N’hésitez pas à aller faire un tour sur Akazoom pour découvrir des extraits de ces nouveautés dont la sortie est prévue… demain !

http://www.akazoom.fr/toutes-les-series

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6 réflexions sur “2014 : année 1 pour Akata

  1. Comme tu me l’as demandé sur Twitter je viens t’expliquer pourquoi j’ai dit que ton article manquait d’objectivité. Déjà, je préfère commencer en disant que ce n’est absolument pas une critique puisqu’un blog n’est par définition pas objectif. ^^ J’ai plutôt dit ça pour mes propres lecteurs. J’aurais plutot du dire un truc du style que ce billet reflètait les goûts de son auteur.
    En effet, c’est vraiment l’impression que j’ai eu en te lisant. Le vocabulaire et le ton que tu emploies sont élogieux. On sent ton admiration. D’un autre côté, tu ne t’en caches absolument pas puisque tu l’affirmes carrément dans l’article. Je comprends que le terme « objectivité » puisse t’avoir gêné car en te relisant je me suis rendue compte que ce n’était pas le bon terme. Tu as en effet mis en valeur les points négatifs tant sur le travail d’édition que sur la qualité des mangas édités.
    Néanmoins, tu ne cites pas tes sources mais il y a des infos que l’on retrouve dans l’interview de mangacast que j’ai également citée dans ma revue de presse. Je ne pense pas que ce soit un hasard XD Il y a donc certaines affirmations qui sont issues de la bouche de Dominique Veret, non? J’en déduis que comme tu n’en fais pas mention c’est que tu partages son point de vue. ^^
    Voilà, j’espère avoir répondu à ta question et j’espère également ne pas t’avoir froissé parce qu’encore une fois ce n’était pas une critique de ton travail.

    • sweetmadonna dit :

      Le mot « objectivité » ne m’a pas vraiment gêné, c’est plus le « cruellement ». Et du coup, je me demandais ce qui avait pu te pousser à dire cela car on ne se rend pas forcément compte de la manière dont peuvent être perçues les choses par d’autres, d’où ma question ^^

      Quand tu parles de passages que l’on retrouve dans l’interview de Mangacast (que je n’ai pas écouté, j’ai juste lu un petit résumé sur Mangaverse ), tu parles desquels ? Que je vois si tes conclusions sont bonnes ou pas ! 😉

  2. bidib dit :

    sympa cette rétrospective Akata
    Personnellement j’ai très peu de leur manga. J’ai lu le premier tomes du « Jounal d’un fangirl » que j’ai trouvé sympathique mais pas extraordinaire (je n’ai d’ailleurs toujours pas lu la suite)
    En revanche leur titre « roman graphique du monde » me font très envie. Mais leur prix me refroidit un peu. Du coup j’ai toujours pas sauté le pas. Tu as lu « Les naufragés » ?

    • sweetmadonna dit :

      Dans tout ce que Akata a sorti pour le moment, Daisy et orange sont à ne pas louper ! Le premier pour son thème, le second parce qu’il est vraiment très très bon ! Pour Les naufragés, j’ai lu le premier volume et il y a un article en cours. Le titre est très loin de l’autre oeuvre de l’auteur parue chez nous, Moi jardinier citadin, avec un ton nettement plus mélancolique et triste. J’en reparle plus en détails prochainement mais c’est un titre vraiment spécial ! 😉

      • bidib dit :

        J’ai lu la preview de Orange et ça m’a laissé tellement indifférente que je me souviens même pas de quoi ça parle. faut dire que le shojo romance lycéenne c’est pas vraiment mon truc. En revanche je tenterais bien Daisy quand l’occasion se présentera

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