L’argent du déshonneur – Hiroshi Hirata

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26 janvier 2015 par sweetmadonna

La collection « roman graphique du monde » s’étoffe un peu plus chez Akata avec l’arrivée d’un de leurs auteurs fétiches, dont beaucoup de titres sont parus lors de la coopération avec Delcourt : le mangaka calligraphe, Hiroshi Hirata.

 

 

Comme souvent, Akata nous propose deux/trois choses autour du titre, pour que le lecteur sache dans quoi il s’embarque. On commence par la présentation officielle faite par l’éditeur :

 

Japon, période féodale. Il vint le moment où lors des combats, on commença à échanger sa vie contre un engagement économique. Le champ de bataille, là où le samouraï pouvait pleinement vivre la Voie du Bushido, venait de connaître une souillure moins pure que celle du sang.

Dans ce monde laminé par la finance et le mercantilisme, Hiroshi Hirata, le maître du gegika guerrier, nous livre avec ce recueil sept nouvelles dans lesquelles le pire adversaire de la Voie du Guerrier est l’argent !

 

Ce synopsis est accompagné de deux articles de présentation :

http://www.akata.fr/actus/annonce-largent-du-deshonneur

http://www.akata.fr/blog/le-grand-retour-de-hiroshi-hirata

 

Et on termine par le traditionnel extrait gratuit en ligne :

http://www.akazoom.fr/argent-deshonneur

 

Voilà pour la présentation globale. On a donc un gros bouquin de 400 pages, avec couverture cartonnée, préface, postface et biographie de l’auteur, comme les autres titres parus dans cette collection. On en a pour son argent et les 23€50 déboursés ne sont pas partis aux oubliettes. Et tant que nous parlons de l’édition, passons sur un point qui fâche : une bonne dizaine de coquilles se sont glissées dans l’ouvrage. Il s’agit dans 99% des cas (de mémoire, il s’agit exclusivement de cela mais comme cette dernière est de moins en moins infaillible, je me garde 1% de marge) d’un simple oubli de lettre, comme un LA qui devient L par exemple. Rien de bien choquant donc, mais une légère déception malgré tout vu l’effort financier que cela représente…

 

Capture

 

Parlons maintenant du contenu. Au 17ème siècle, une « révolution » se met tout doucement en marche dans le monde des « bushi », les guerriers japonais. Alors qu’autrefois mourir au combat était une gloire et un prestige, certains préfèrent désormais « signer » des billets à ordre, laissant leur empreinte de main sur une feuille où est stipulé le nom de prêteur ainsi que la somme qu’il doit au « tireur ». C’est ainsi qu’est progressivement défini un « coût » de la vie, avec les dérives possibles qui vont avec. Et c’est également ainsi qu’un nouveau métier fait son apparition, celui de recouvreur de dettes. Hanshirô Kubidai exerce ce dur métier, se montrant parfois sans pitié, parfois compréhensif, mais toujours avec comme objectif de parvenir à récupérer l’argent que réclament ses clients.

 

Hiroshi Hirata nous présente ici une suite de courtes histoires. La première, qui peut faire office de « pilote », plante le décor global et le contexte. Les suivantes, qui peuvent se lire comme une « série » (et dont de nouveaux « épisodes » sortent encore sporadiquement au Japon apparemment), nous montrent Hanshirô en train de faire son travail. Si l’ensemble a été réalisé dans les années 70, la qualité graphique globale étonne, notamment dans les pages qui semblaient être en couleurs à l’origine, de meilleure qualité avec un trait plus fin. Il est parfois très difficile de différencier les personnages les uns des autres et on se retrouve donc assez souvent à relire la même scène pour mieux comprendre. Mais finalement, cela reste secondaire puisque le propos d’Hirata, comme il l’explique dans sa postface, est tout autre.

 

Capture

 

Il est assez intéressant de suivre la façon dont certains, autrefois adeptes d’un code de conduite droit et duquel ils n’auraient dévié pour rien au monde, vont jusqu’à échanger leur vie contre de l’argent ou, au contraire, épargner un adversaire pour toucher une somme rondelette. Loin de l’esprit des bushis, difficile d’établir qui du prêteur ou du tireur prend le plus ses aises avec la morale de l’époque. Et comme il peut s’ajouter à cela des mensonges sur le nom du prêteur, sur le clan auquel il appartient ou d’autres péripéties, comme la mort du prêteur, les arrangements et les magouilles sont nombreuses et ternissent un peu plus l’image des guerriers de l’époque, déjà en forte baisse à cette époque troublée.

 

Regroupant des histoires écrites dans les années 70, les propos tenus dans L’argent du déshonneur peuvent avoir un écho sur notre société d’aujourd’hui, nous montrant que, finalement, rien n’a vraiment changé, l’argent possédant toujours ce pouvoir phénoménal sur les gens, qui peuvent sans souci aucun laisser derrière eux la morale. On notera au passage le choix du titre effectué par Akata : au Japon, ce recueil porte le nom de « Prêteur sur vie« , très loin donc du titre français. L’argent du déshonneur, bien plus fort dans son évocation, est donc un choix très judicieux de la part de l’éditeur. Note importante à l’heure où chaque choix de titre est commenté, souvent de manière négative.

 

S’il ne passionnera pas forcément les foules, s’il ne fera pas briller vos pupilles par ses qualités graphiques inégales, L’argent du déshonneur peut vous toucher sur d’autres points, à d’autres niveaux, et les préface et postface proposées apportent un vrai plus, comme souvent avec Akata. A lire pour les plus curieux, ou pour les fans de l’auteur. Un titre qui, en tout cas, s’insère parfaitement dans le catalogue de son éditeur français.

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2 réflexions sur “L’argent du déshonneur – Hiroshi Hirata

  1. manga-fan dit :

    c’est dommage de ne mettre en avant que des points négatifs dans le résumé final car un manga c’est un tout et c’est cet ensemble qui fait ou non sa réussite. et dans le cas de ce manga c’est une pure réussite qu’il est bien triste de n’arrêter qu’à sa qualité graphique. qualité graphique qui je le précise peut s’avérer parfois brouillonne mais aussi splendide, les doubles pages sont de pures réussites et bien que ses personnages se ressemblent parfois, la puissance du trait d’Hirata ainsi que ses scénarios sans concession ne laisse jamais indiffèrent. « ne passionnera pas les foules  » ? il passionnera les amateurs de mangas un tant soi peu curieux qui ne s’arrête pas aux détails mais savant apprécier une oeuvre dans sa pleine mesure quel que soient ses défauts.

    • sweetmadonna dit :

      C’est assez étrange de ne noter que les quelques phrases négatives d’un ensemble qui ne l’est pourtant pas du tout. J’ai pour habitude, quand je lis un manga et que j’en parle, de noter aussi bien les points positifs que les négatifs. Ce que j’ai fait sur cet article. Et au final, tu répètes exactement ce que j’ai écris : ce titre est à lire pour les plus curieux. Et même s’il serait souhaitable que ce genre d’oeuvre connaisse un succès plus grand, il est indéniable, en effet, que le titre « ne passionnera pas les foules » et que pour ceux s’arrêtant à un feuilletage rapide, le graphisme soit un frein réel. Il ne faut jamais restreindre sa vision à son propre ressenti, mais essayer de voir plus loin, ce que j’essaie de faire à chaque article. Dommage de voir que seuls les points négatifs aient attirés ton attention alors que je dis beaucoup de bien du titre dans le reste de l’article.

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