Paradise Kiss – Ai Yazawa

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12 septembre 2014 par sweetmadonna

Contes du Japon d’autrefois n’est pas le seul titre découvert lors du grand rangement et appartenant à ma moitié. En effet, une série que je voulais lire depuis longtemps faisait également partie de ses livres : Paradise Kiss, de Ai Yazawa, la mangaka du cultissime Nana. L’occasion de retrouver, enfin, le trait et le style de l’auteur, qui m’avait manqué…

 

 

Ai Yazawa, la déesse du shôjo

 

Née en 1967, Aï Yazawa se destine en premier lieu à une carrière dans le stylisme mais sa réussite à un concours organisé par Shueisha va finalement lancer sa carrière de mangaka, obligeant la jeune fille d’alors (à peine 18 ans) à mettre de côté ses études pour se consacrer à son nouveau métier. Après quelques courtes séries, elle lance son premier grand succès, Je ne suis pas un ange, en 1992. Suivront Gokinji, une vie de quartier, Last Quarter, Paradise Kiss et bien entendu Nana, la série de tous les records. En effet, cette dernière demeure l’une des seuls de ces 10 dernières années à avoir pu rivaliser avec les hits shonen du Jump, au même titre que Nodame Cantabile ou Sawako.  Le tome 21 s’est vendu en 2009 à plus de 1,5 millions d’exemplaires, soit juste en-dessous de One Piece et au-dessus de FMA, Naruto ou encore Bleach. Avec une série animée et 2 films live, tous accompagnés d’une B.O. à succès, la série est devenue un fer de lance du manga pour filles, aussi bien au Japon que dans le monde, et plus particulièrement en France. Mais Ai Yazawa est aussi connue pour être, depuis maintenant plusieurs années, en « arrêt maladie », mettant ainsi sa série phare en hiatus pour une durée indéterminée. Malgré quelques pages (de la pièce de Junko, un bonus des livres reliés de Nana) et illustrations dessinées en 2014, le retour de la série ne semble pas encore à l’ordre du jour… Les titres de Ai Yazawa possèdent en général plusieurs points communs : des personnages féminins au caractère fort, plutôt adultes, des titres qui ne tombent pas dans la mièvrerie que connaissent certains shôjos et surtout des personnages dont les vêtements/habits/costumes/accessoires nous montrent le passé de styliste de l’auteur. Il est assez facile de reconnaître la mangaka à son coup de crayon et les fans de Nana ne seront donc pas dépaysés à la lecture de Paradise Kiss.

 

Classe mannequin

 

Le titre peut paraître un peu bateau pour un manga parlant de mode mais il se révèle au final très pertinent et mûrement réfléchi (et oui). En effet, « classe mannequin » contient les deux « passions » que va devoir « départager » notre personnage principal, Yukari : les études et le mannequinat. Commençons par un petit synopsis rapide pour vous resituer le contexte :

 

La très sérieuse lycéenne Yukari n’a qu’une obsession: réussir son entrée à l’université. Son assiduité aux études n’a d’égale que sa phobie excessive des gens. Aussi, quand un garçon tente de l’aborder, puis qu’un travesti lui barre la route, elle s’effraie au point qu’elle s’évanouit! Lorsqu’elle se réveille au « Paradise Kiss », une sorte de bar tenant lieu d’atelier de couture, elle apprend que ses « agresseurs » sont des étudiants d’une école de mode qui travaillent à leur création de fin d’année.

Isabella, le travesti, Arashi, le garçon, et Miwako, sa copine, s’activent à réaliser une robe dessinée par leur ami Georges. En raison de sa taille et de sa minceur, Yukari est pour eux le mannequin idéal pour présenter ce modèle. Quels sacrifices devra-t-elle faire pour entrer dans ce monde bizarre qui l’attire pourtant ?

 

Nous allons donc suivre Yukari dans ce tout nouveau monde pour elles, celui du stylisme et du mannequinat. Yukari, que nous appellerons Caroline comme Miwako, se morfond dans ses études où les concours d’entrée à l’université approchent à grands pas, subissant la pression de sa mère, adepte de l’excellence. Mais Carolinen’a pas de grandes affinités avec les études et cherche une porte de sortie. Celle-ci pourrait être Hiro, son prince charmant, beau, intelligent, gentil… Mais son amour secret semble bien devoir le rester. Sa rencontre avec Isabella, dont nous apprendrons bien plus tard le vrai nom et l’histoire, Arashi, Miwako et surtout Georges va changer sa vie, totalement. Acceptant la proposition faite par l’équipe de « Paradise Kiss », Caroline va aider à la confection de la robe qu’elle devra porter lors du défilé de la Yaz’Arts, l’école de stylisme de nos héros. Tout en tentant de continuer ses cours du soir et de gérer son histoire d’amour, la première, avec Georges, personnage très difficile à suivre mais tellement incroyable…

 

 

Je suis certain que tout ceci vous a fortement donné envie de lire la série. Oui, je suis doué (et plein d’humilité) et je suis content que cela ait produit l’effet escompté. On plonge dans Paradise Kiss la tête la première et il devient alors très difficile d’en sortir avant d’avoir eu le fin mot de l’histoire. Le domaine de la mode, du stylisme au mannequinat, en passant par le maquillage, est retranscrit avec précision, passion et réalisme. On sait que Ai Yazawa maîtrise ce sujet mais c’est toujours mieux quand on s’en rend compte. Il faut noter que le titre possède une particularité : il a été prépublié dans un magazine de mode et non de manga, Zipper. On notera aussi qu’il s’agit d’une « suite » à Gokinjo, une vie de quartier, même si cela ne semble pas tout à fait le cas (oui, je n’ai pas lu Gokinjo, mais ça va venir). Fini le petit aparté et revenons-en à Para-Kiss (ouais, c’est comme ça que les fans appellent le titre, grosse contraction vous en conviendrez). On retrouve dans Paradise Kiss ce qui fera le succès de Nana : des relations adultes entre les personnages, un quotidien proche de celui des lecteurs du même âge, des vraies questions sur les relations humaines, amoureuses, amicales ou professionnelles… En effet, Ai Yazawa ne va pas tout offrir sur un plateau à notre héroine : ses relations avec sa mère sont loin d’être au beau fixe, elle ne va pas pouvoir quitter l’école si facilement, Georges ne sera pas le petit ami parfait, le mannequinat ne sera pas une chose aisée… Bref, Caroline va en prendre plein la tête et, malheureusement, son caractère va assez souvent la desservir et desservir aussi le manga.

 

Mais tout ceci est rapidement oublié devant la palette de personnages vraiment atypique et haute en couleurs. Arashi, avec ces faux airs de Shin (de Nana), son style très rebelle, son caractère de c**, son côté ultra-jaloux – Miwako, sa naïveté touchante, sa kawaïtude (oui, néologisme), son amour pour Arashi – Isabella, femme-homme mystérieuse, toujours classe et ambigüe – et bien évidemment Georges, intelligent, beau, d’une grande prestance, tantôt doux tantôt rustre, tantôt détaché tantôt câlin – sans oublier tout un tas de personnages secondaires plus ou moins importants pour la suite (Hiro, la mère de Caroline, Mikako, Seiji…) : la faune de Paradise Kiss fait partie de ce qui se fait de mieux dans le genre, le tout mâtiné d’un humour ravageur. Car c’est bien là l’un des principaux atouts du titre, son humour, très présent, bien pensé, et qui a un mérite finalement assez rare, celui de prendre régulièrement à partie le lecteur, en s’adressant à lui directement, en faisant référence au statut des personnages et donc à leur place dans l’intrigue plus ou moins importante, et tout ceci en plein pendant le récit (avec des passages du type « il faut faire vite, il ne reste plus qu’une page ») ou pendant les toujours très réussis « résumé de l’histoire » présent au début de chaque volume. Une réussite.

 

Graphiquement enfin, comme déjà dit plus haut, les familiers de Ai Yazawa et notamment de Nana ne seront pas dépaysés. Outre les vêtements, l’auteur utilise dans Paradise Kiss le titre qui lui a ouvert les portes du succès : personnages très fins, allongés dans le sens de la hauteur, décors « photos », avec scans de paysages/bâtiments, ligne claire et précise, dessin détaillé… Ai Yazawa possède un trait reconnaissable entre tous mais fait surtout partie de cette catégorie de mangaka dont le dessin est un atout indéniable.

 

On notera aussi que la série a été un tel succès qu’elle s’est vue adaptée à la fois en série animée mais aussi en film live, avec une fin différente (critiquée par certains fans) de la version manga.

 

 

Deux éditions, deux formats

 

La série a en effet fait l’objet de deux éditions de la part de Kana. La première en 5 volumes et la seconde (édité 2 fois, avec 2 couvertures différentes) en gros bottin de 900 pages regroupant l’intégrale de la série. Economiquement parlant, prendre l’intégrale sera plus avantageux : 19€ le gros tome, contre 5 fois 7€35 pour la version simple. De ce côté-là, il n’y a pas photo. Je ne m’étendrais pas plus sur l’édition intégrale, puisque je ne l’ai même pas feuilleté. Par contre, quelques mots sur l’excellente édition simple proposée par Kana. Dans un grand format, le titre offre quelques couvertures très belles, avec pour chacun des 5 volumes un personnage différent (Yukari, Georges, Miwako, Arashi et Isabella). On retrouve en page de garde une page en papier calque, permettant de voir une création en transparence avec un mannequin (l’objet en plastique, pas la personne). Parfaitement dans le thème et petit plus appréciable. Autre petit plus appréciable : les bonus de fin de tomes (pas présents dans tous les tomes cependant) centrés soit sur Ai Yazawa et sa carrière, soit sur la mode au Japon ou la place des femmes dans la société nippone. Instructifs, intelligents, en plein dans le thème : des bonus qui apportent une vraie plus-value et que l’on aimerait retrouver dans les sorties actuelles.

 

Victime de la mode

 

J’ai longuement hésité entre Classe mannequin et Victime de la mode pour le sous-titre de l’article, finalement je trouve le moyen de mettre les deux ! ^_^

Paradise Kiss est donc une courte série passionnante, palpitante, et surtout très drôle. Les fans de mode ou de stylisme seront ravis de voir leur passion abordée intelligemment, les adorateurs d’amours contrariées ne seront pas en reste et les autres, lecteurs au hasard, pourraient bien se laisser charmer par l’ambiance du titre, parfois délurée. Si on peut reprocher au personnage principal un caractère un peu irritant, si l’on peut aussi reprocher à la mangaka d’avoir fait de Miwako un personnage qui s’excuse d’avoir été frappée par sa moitié (oui, cela ne passe pas pour moi, comme pour Aishite Knight), difficile de se montrer négatif lorsqu’il est question d’aborder les qualités du titre. Paradise Kiss est excellent, tout simplement.

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2 réflexions sur “Paradise Kiss – Ai Yazawa

  1. Lucy dit :

    Ce manga est juste magnifique !

  2. Tama dit :

    Paradise kiss est bon manga MAIS (il y a toujours un mais) comme toi j’ai eu du mal avec l’histoire de Miwako (son viol -oui parce que c’en est un- qui semble passer pour un genre d’amour maladroit et c’est elle qui s’excuse parce qu’elle pense que c’est sa faute, en plus d’avoir un copain jaloux…ça fait un peu grincer des dents). L’histoire du trio (Shin/Miwako/Hiroyuki) est d’ailleurs abordé et conclue de manière un peu trop rapide ( une petite explication en fin de tome et HOP problème réglé).
    Georges est un personnage à la fois intéressant car complexe et très irritant par son égoïsme, lui et Yukari sont un couple qui fonçaient dans le mur dès le départ mais en même temps c’est pour cela que j’appréciais leurs échanges qui sortaient des autres mangas.

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