Aishite Knight – Kaoru Tada

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27 août 2014 par sweetmadonna

Publier des anciens titres est souvent un pari risqué. Si certains éditeurs ont tenté de sortir des titres « patrimoines », les réussites sont finalement assez rares. Kana, via sa collection Sensei, a ainsi tenté de sortir des titres de Shôtaro Ishinomori ou Shirato Sanpei, Glénat s’est également lancé dans du Ishinomori avec Cyborg 009 ou Le voyage de Ryu mais a également rendu disponible en France un titre culte comme Ashita no Joe, et enfin les toutes nouvelles éditions Isan Manga proposent elles des titres dans des éditions luxueuses, comme dernièrement La nouvelle île au trésor de Tezuka. Sans compter bien évidemment les nombreux titres du « dieu du manga » sortis chez presque tous les éditeurs du marché. Chez Tonkam, on a préféré tenter le coup en misant sur le « nostalgique ». Ainsi, plusieurs séries dont les adaptations animées ont été diffusées sur nos écrans dans les années 80/90 sont apparues dans nos bibliothèques grâce à l’éditeur : Hikari no Densetsu (Cynthia ou le rythme de la vie), Kimagure Orange Road (Max et compagnie) ou encore Aishite Knight, plus connu en France sous le nom Lucile amour et rock’n’roll ou encore Embrasse-moi Lucile. C’est de cette série de Kaoru Tada dont nous allons parler aujourd’hui, représentante parmi d’autres du shôjo made in Japan des années 80.

 

 

La série et son auteure

 

Née en 1960, Kaoru Tada débute le manga à 17 ans chez Shueisha. Sa première longue série, Aishite Knight, est un succès et se voit adaptée en animé, une adaptation ayant une particularité : il s’agit du premier animé à contenir des chansons spécialement écrites pour cette occasion. Publié entre 1981 et 1983, Aishite Knight compte 7 tomes en tout. Mais il ne s’agit pas là du plus grand succès de la mangaka. En effet, Itazura Na Kiss, commencé en 1991 et comptant 23 volumes, est l’œuvre la plus connue de la mangaka au Japon et dont les nombreuses adaptations, notamment en dramas (feuilletons japonais, coréens ou thaïlandais avec de vrais acteurs pour les non-initiés au terme), permettent encore de mettre en avant le titre. Cette série demeure cependant inachevée puisque la mangaka décèdera subitement suite à un accident domestique en 1999. En France, la série animée de sa première série fait son apparition sur les écrans de La Cinq, la chaîne de Berlusconi, sous le nom Embrasse-moi Lucile. Elle reviendra ensuite à l’écran dans le fameux Club Dorothée sous le nom Lucile amour et rock’n’roll avant d’être de nouveau diffusée dans l’émission de France 5, Midi les zouzous. Ces multiples diffusions et rediffusions auront rendu le titre suffisamment populaire pour justifier la sortie du manga original par Tonkam, surfant sur une vague nostalgique, dans une édition en 4 volumes et avec couvertures à paillettes parue entre juin 2010 et janvier 2011.Voici le synopsis officiel :

 

Yaeko est une jeune fille énergique qui travaille dur dans le restaurant de son père et ne s’intéresse pas vraiment aux garçons. Jusqu’au jour où elle fait la connaissance de Goh, un camarade de classe nonchalant et énervant. Le soir même, elle découvre que Goh est le leader charismatique d’un groupe de Rock indépendant, les Bee Hive !

 

Et pour les trentenaires nostalgiques à qui ce titre est destiné en premier lieu, petit cadeau avec le générique VF (le premier) de la série animée !

 

 

Yaeko, amour et rock’n’roll

 

L’histoire de Aishite Knight est assez simple : Yaeko a 18 ans, est étudiante et donne, en attendant les cours du soir, un coup de main dans le restaurant d’okonomiyakis de son père, le Mambo. Un client, étudiant d’une vingtaine d’années, vient régulièrement manger au restaurant familial et n’émet aucune objection quant à la maladresse récurrente de Yaeko. Rien de plus normal : Satomi est amoureux de la jeune fille. Un jour, celui-ci vient au restaurant avec un ami, Go, beau gosse aux cheveux bicolores. Le destin va finalement réunir Go et Yaeko, dans une histoire d’amour pas toujours simple…

 

Si les shôjos avec romance lycéenne vous insupporte mais que la romance reste néanmoins votre truc, il est fort possible qu’Aishite Knight contienne quelques points suffisamment originaux pour vous intéresser. Le premier d’entre eux est bien entendu l’environnement dans lequel se déroule titre : nos personnages principaux sont étudiants et non lycéens, Yakko travaille dans un restaurant d’okonomiyakis, spécialité de la région où se déroule la plupart de notre histoire, Osaka (autre originalité – à noter que vous pouvez trouver des okonomiyakis en France, que ce soit à Paris au Aki, Bordeaux à Un soir à Shibuya ou au Shoon de Strasbourg par exemple – fin de la parenthèse « guide Michelin pour les nuls »), et surtout le titre nous plonge dans le monde du rock, amateur puis professionnel, avec ses obligations, ses joies, ses accrocs… On ajoutera également que par le biais du petit Hashizo, demi-frère de Go, un regard différent et complémentaire est posé sur la relation entre Go et Yakko ainsi que sur le monde des adultes. Un monde des adultes pas très rose, Yaeko n’ayant plus que son père par exemple ou Go ayant la charge de son demi-frère. En résumé et vous l’aurez compris, le titre de Kaoru Tada comporte pas mal d’éléments qui, s’ils ne sont pas forcément originaux, sont au moins différents et pouvant donc intéresser même les plus hermétiques au genre.

 

 

Mais il contient aussi quelques grosses ficelles évidemment et quelques éléments, s’ils ne sont pas forcément des défauts, pourraient être rédhibitoires auprès de certains. En premier lieu, il y a bien sûr le dessin, très typé shôjo et 80’s. Pas du tout désagréable à l’œil, on sait bien que ce critère est désormais devenu primordial pour beaucoup et c’est là que le bât peut blesser pour un titre tel que Aishite Knight. De même, malgré quelques péripéties, difficile de ne pas prévoir la fin de l’histoire tant celle-ci est cousue de fil blanc dès les premières pages. Et ce malgré un point qui pourra en gêner certains et certaines, même les moins tatillons : en colère, Go va gifler violemment sa bien-aimée dans une scène qui aurait du tout changer. Si le père de Yakko annonce immédiatement que Go n’épousera jamais sa fille (ce qui, sur le coup, est une excellente réaction), celle-ci en vient presque à espérer que Go lui pardonne et ne soit pas énervé ! La scène, la situation et la façon dont celle-ci trouvera sa conclusion laissent plutôt perplexe. Une différence culturelle ? Cela semblerait un peu léger comme explication et on ne peut que regretter de voir ce genre de scène dans un manga, qui plus est fait par une femme pour des filles (mais soyons bien d’accord que la même chose écrite par un homme ne serait pas plus excusable – du coup, on peut retirer la remarque mais comme elle est déjà écrite, je la laisse, la flemme). Voilà un petit bémol qui, pour moi, ternit un peu l’image gentillette qu’avait jusqu’à présent le récit, entre réflexion sur ses sentiments de l’héroïne, triangle amoureux qui va et qui vient et lancement de carrière d’un jeune groupe de rock talentueux et ambitieux.

 

Côté édition, Tonkam nous propose donc 4 « gros » volumes (250/300 pages environ), avec couvertures à paillettes donc et couleurs flashy. On est dans le kitsch, on est à fond dans les 80’s, à fond dans l’ambiance shôjo et au final, si cela va plutôt bien à la série, les mâles ou les allergiques au côté trop girly de certains titres risquent de fuir la série au premier regard. Le papier est de bonne qualité et si on est plutôt content de voir une petite histoire courte (pléonasme) clôturer la série, one ne peut qu’émettre le regret de ne pas avoir un léger contenu éditorial retraçant la vie de la licence chez nous, la carrière de son auteur ou diverses anecdotes sur l’histoire, le rock au Japon à l’époque de la sortie du titre ou autres. Bref, du contenu adjacent, si possible intéressant. Tant pis. Niveau Enfin, on notera de régulières fautes de frappes, mélange de mots oubliés, d’accords perdus et autres espaces qui disparaissent entre les mots d’une phrase… Pas toujours simples de séparer 20 lettres en mots distincts.

 

Conclusion

 

Pur shôjo dans son approche et son contenu, Aishite Knight possède malgré tout pas mal d’atouts pour rompre avec la monotonie des comédies romantiques pour filles. Un cadre original, des personnages plus âgés, des seconds rôles importants (Hashizo, Sheila, Isuzu…) permettent au titre de ne pas être uniquement une série nostalgie mais un shôjo dont la publication est plutôt pertinente et dénote, par certains aspects, de la production globale actuelle. Et puis, il est toujours très instructif de voir et lire des titres datant de plus de 30 ans (et oui, 30 ans !!! Mon dieu que je suis vieux… ). Bref, un titre qui ne fait pas tâche dans une bibliothèque (mais qui se remarquera aisément, cf ses couvertures flashy !)

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2 réflexions sur “Aishite Knight – Kaoru Tada

  1. Tama dit :

    J’avoue que les couv’ françaises avec les coeurs et les paillettes, c’était…spécial. J’ai pas du tout accroché mais j’ai du mal avec les paillettes de manière général.
    Je me souviens encore très bien de la série et si elle s’arrête avant la fin du manga (il me semble que c’est au moment où Go quitte Osaka), je trouve que les personnages surtout secondaire y sont plus développés. Dans le manga, certains une fois qu’ils ont eu leur 3 pages de gloire, on ne les revoit quasi plus (je pense à Mariko, Satomi…) et je ne suis pas fan de la dernière partie avec Ryutaro (bon certes Go est loin, on est à une époque où skype et les portables n’existaient pas donc une relation longue distance c’était encore plus difficile). J’avais un souvenir de Yakko avec plus de caractère et moins de larmes, ce qui fait que j’ai eu également beaucoup de mal avec ce passage de la gifle (et les sautes d’humeur de Go).
    Mais que se soit version papier ou anime, mon préféré reste Shella ! Ce type est merveilleux, encore plus en mode papa gâteau avec sa poupette.

    • sweetmadonna dit :

      Je n’ai personnellement aucun souvenir de la série ! Certes, le titre me dit quelque chose, Roméo, Matthias, Lucile, sont des prénoms qui m’évoquent 2/3 trucs. Mais aucun souvenir précis de la série. Je n’ai donc pas de points de comparaison comme tu peux en avoir, ce qui doit forcément influer un peu sur nos jugements respectifs. 😉

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