Daisy, Lycéennes à Fukushima – Reiko Momochi

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4 août 2014 par sweetmadonna

Ceux qui suivent Akata depuis plusieurs années l’ont forcément remarqué : cet éditeur est différent. Pas seulement par les titres qu’il publie (même s’il l’est vraiment), pas uniquement parce qu’il est basé à la campagne (même si ce n’est pas anodin) mais surtout parce qu’il communique d’une manière différente, en mettant en avant certaines opinions politiques, avec un discours très orienté sur l’écologie notamment (mais pas que). La triple catastrophe ayant touchée le Japon en mars 2011 l’a d’ailleurs encore plus mis en avant. Et si l’éditeur nous a déjà proposé un « titre écolo » avec Moi, jardinier citadin, on ne pouvait pas vraiment être étonné lorsque l’on a apprit l’acquisition d’un titre de Reiko Momochi, Daisy, lycéennes à Fukushima, présenté comme le premier shôjo « post-Fukushima ».  Un titre entrant parfaitement dans la politique éditoriale de l’éditeur, décidément toujours cohérente (une autre particularité). Bien évidemment, un titre comme celui-ci, témoignage « in-situ » des conséquences nombreuses et variées de la triple catastrophe pour les insulaires, ne pouvait sortir chez Akata sans que cela ne soit soutenu par des personnes compétentes, bien au fait du sujet et qui apporteront un éclairage complémentaire utile. Nous avons donc, en postface du premier tome, un article écrit par Karyn Nishi-Poupée, correspondante AFP au Japon et qui a donc suivi de très près les évènements autour de Fukushima (et qui les suit toujours de très près, car rien n’est fini). Pour le second volume, Michel et Bernadette Prieur seront à l’honneur. Leur nom ne vous dit rien ? C’est plutôt normal mais vous pouvez faire leur connaissance un peu plus en détail sur le blog d’Akata, ce sera plus parlant qu’une simple redite : http://www.akata.fr/blog/des-grands-noms-soutiennent-daisy  Le genre de petit plus toujours appréciable, surtout pour des titres tels que celui-ci, appelés à servir de référence dans le futur lorsqu’il sera question de se rappeler ce qu’était la vie dans le département de Fukushima après la catastrophe.

 

L’auteur : Reiko Momochi

 

Si Daisy est la première œuvre de Reiko Momochi à paraitre en France, son nom revient régulièrement dans la bouche des amatrices de shôjos différents lorsqu’il s’agit d’envisager l’acquisition de nouvelles licences. Et quand on connait la politique de suivi des auteurs d’Akata, on peut espérer que d’autres titres de la mangaka paraissent dans les années à venir sous nos contrées. Comme pour Kentaro Sato, rien de mieux que la présentation Akata de l’auteur pour en savoir plus :

 

Spécialiste des BD pour adolescentes, elle va très vite se faire remarquer pour son travail très réaliste et sociétal. Ses œuvres, sans exception, abordent toutes des sujets durs et contemporains. Ainsi, sa première série est en réalité une anthologie d’histoires courtes, dont chacune traite d’un malaise de la jeunesse. Réunies sous le titre La série sur les problèmes des jeunes, cette série concept va se vendre au Japon à 6 million d’exemplaires, et sera même adaptée en série TV (et publiée aux USA sous le titre Confidential Confessions).

Malgré ce succès, Reiko Momochi se refusera de tomber dans la facilité commerciale, et aura toujours pour mot d’ordre de ne pas rallonger artificiellement ses histoires. Si bien que par la suite, elle se spécialise dans des séries relativement courtes (entre 2 et 5 volumes), et parlera de thèmes aussi délicats que la mort, le harcèlement scolaire, le suicide… Quand elle signe Daisy, lycéennes à Fukushima, la mangaka passe alors à la vitesse supérieure, en abordant le thème très délicat du nucléaire.

Pour réaliser une œuvre pertinente, elle va jusqu’à se rendre à Fukushima, où elle rencontre de nombreuses lycéennes pour recueillir leurs témoignages… non pas sur le drame, mais plutôt sur leurs sentiments, leurs doutes sur l’avenir, leur quotidien. Et à la lecture de Daisy, lycéennes à Fukushima, on comprend à quel point Reiko Momochi s’est investie dans cette série. À plusieurs reprises, elle nous confronte avec justesse à la réalité des ces adolescentes japonaises, nous poussant même à nous poser des questions à notre propre sujet. Pourtant, jamais elle ne tombe dans la facilité du «  misérabilisme  », et l’auteure nous livre au contraire une œuvre pleine d’espoir.

Source : Akata

 

DLAF1

 

Présentation de Daisy :

 

Là encore, rien de mieux que la présentation de l’éditeur lui-même :

 

Plusieurs années après la catastrophe du 11 mars 2011, et tandis que le monde entier semble vouloir oublier que la situation à Fukushima est encore loin d’être réglée, une artiste courageuse décide de briser la loi du silence ! S’inspirant de témoignages réels, Reiko Momochi nous livre avec Daisy une œuvre indispensable. Parce qu’il ne faudra jamais oublier…

Depuis le terrible tsunami qui a frappé Fukushima, Fumi n’ose plus sortir de chez elle. Trop inquiète pour sa santé, à cause des éventuelles radiations émises par la centrale. Pourtant, en dernière année de lycée, il faudra bien qu’elle se décide à retourner en cours. Mais est-il seulement possible de recommencer à vivre et de faire comme si de rien n’était, quand même une simple pluie représente la menace d’une contamination radioactive ? Heureusement, elle pourra compter sur Moé, Ayaka et Mayu, ses trois meilleures amies. Ensemble, elles comptent bien profiter de la vie, et surtout sortir toutes diplômées du lycée ! Elles décident alors de créer un groupe de musique, Daisy, pour se redonner du courage. Mais très vite, la réalité les rattrape et… Est-il possible de construire leur avenir sur cette terre polluée qu’est-devenue Fukushima ? En tant que filles, en tant que femmes, en tant que futures mères… Tandis que le reste de la jeunesse japonaise et du monde a le droit de profiter de sa vie dans l’insouciance, tandis que le monde entier a oublié le drame qui s’est abattu sur Fukushima et que ses habitants tombent dans l’oubli, quel avenir s’offre à ces adolescentes, à l’aube de leur vie d’adulte ?

 

Source : Akata

 

Et comme d’habitude, petit extrait en ligne pour vous faire une idée : http://www.akazoom.fr/daisy-t1

 

On notera également que le récit de Daisy est en fait une « adaptation » d’un roman, Pierrot Yoake Mae de Teruhiro Kobayashi, Darai Kusanagi &Tomoji Nobuta. La mangaka mixera pour son œuvre ce récit avec les témoignages qu’elle ira recueillir directement sur place, donnant ce côté « vrai » qui transparait de l’œuvre.

 

La série :

 

La vie dans le département de Fukushima a été bouleversée suite à la triple catastrophe du 11 mars 2011. Pour Fumi, cela s’est traduit par un refus de sortir de chez elle et de retourner en cours. Finalement, après une longue absence, la voilà de retour au lycée où elle retrouve ses amies de toujours : Moé, Ayaka et Mayu. Mais difficile de reprendre une vie normale quand rien n’est plus comme avant.

 

Reiko Momochi est avant tout une mangaka de shôjo. Daisy est donc inévitablement un titre très shôjo dans son graphisme, son découpage, mais aussi un peu dans son histoire puisque les amours des lycéennes sont très souvent au centre des débats. Mais que les allergiques aux shôjos se rassurent tout de suite, le style de la mangaka, bien que dans les canons du genre, est très « moderne » et n’a absolument rien de rebutant. Évidemment, le titre va largement tirer son épingle du jeu et nous proposer quelque chose d’original, unique et surtout essentiel : les conséquences dans la vie de tous les jours sur des citoyens lambda de la catastrophe nucléaire de Fukushima. Si certains points pouvaient se pressentir, se deviner suite aux évènements et divers reportages que l’on a pu voir en France, comme les difficultés pour les producteurs de fruits et légumes ou pour les pêcheurs de vendre leur récolte (et les contrôles renforcés effectués sur les marchandises destinées à la vente), bien d’autres points nous sont ici révélés, témoins d’une vie changée à jamais. Il y a d’abord ces habitants de la « zone interdite », qui ne peuvent que rarement retourner chez eux et pour un temps limité, en combinaison intégrale et vivant encore dans des « camps de réfugiés », il y a ce « racisme » des habitants des autres départements envers ceux de Fukushima (plusieurs exemples dans la série), cette violence verbale qui accompagne parfois les tentatives de rebond des familles (comme ces cultivateurs de riz traités d’assassins) et bien d’autres exemples encore, souvent tragiques (les suicides dans les mois ayant suivi la catastrophe ont été nombreux) mais également porteurs d’espoirs, message final envoyé par la mangaka et que l’on peut retrouver dans les décisions de nos héroïnes, coincées entre le souhait de vivre leur vie d’ados en dehors de Fukushima ou lutter sur place pour la reconstruction de leur région natale, ainsi que dans un « faux flash-forward », que l’on aimerait tous voir devenir réalité.

 

DLAF

 

Avec Daisy, Lycéennes à Fukushima, Reiko Momochi fait une entrée remarquée sur le sol français. Le titre, par son thème, son traitement, son côté témoignage/reportage, par toutes les informations qu’ils nous offrent sur une situation qui, de loin, pourrait paraître sous contrôle et revenue à la normale, fait indiscutablement partie des œuvres indispensables de l’année. Si un aspect un peu « fourre-tout » peu se faire ressentir par moments devant, finalement, la multitude de petites anecdotes narrées ci et là, le fond du propos est si fort qu’il est impossible de ressortir déçu de sa lecture. En dépassant le cadre du simple divertissement pour informer et aussi éduquer, Daisy entre parfaitement dans la politique éditoriale de fond des éditions Akata, qui nous montrent avec ce titre, une fois de plus, que le manga peut aussi être instructif. Incontournable.

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2 réflexions sur “Daisy, Lycéennes à Fukushima – Reiko Momochi

  1. […] Cette année, 3 productions asiatiques étaient en compétition sur les 8 titres sélectionnés : Daisy, Lycéennes à Fukushima, Les pommes Miracle (tout deux chez Akata) et Le parfum des hommes, chez […]

  2. […] on pouvait légitimement penser qu’un titre comme Daisy ou Les pommes Miracle pouvait également prétendre au prix Tournesol cette année, force est de […]

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