NonNonBâ – Shigeru Mizuki

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16 octobre 2013 par sweetmadonna

Prix du meilleur album au Festival de la BD d’Angoulême en 2007, NonNonBâ est un gros one-shot (plus de 400 pages) de Shigeru Mizuki, auteur qui s’est spécialisé dans les yokai, qui sont au centre de nombre de ses oeuvres (Kitaro le repoussant, Mon voisin le Kappa et donc NonNonBâ). Dans un récit que l’on pourrait qualifier d’autobiographique, Mizuki nous raconte l’histoire de Shigeru dans le Japon des années 30, jeune garçon bercé par les histoires de yokais narrées par sa grand-mère, NonNonBâ.

NonNonBâ, de Shigeru Mizuki

Publié en 1977, NonNonBâ fait partie de ces oeuvres « vintage » qui pourraient ne pas plaire à la « nouvelle génération » et qui devrait satisfaire les amateurs d’oeuvres « old-school » ou tout simplement ceux qui souhaitent avoir une vision plus large du média. Le caractère patrimonial de NonNonBâ est une évidence, sur bien des aspects, et fait figure de titre indispensable à toute bonne mangathèque, voire même toute bonne bibliothèque tout court. Si son sujet, sa manière de le traiter et les choix éditoriaux de Cornélius empêchent réellement de considérer le titre comme un chef-d’oeuvre, ses qualités sont pourtant immenses et surtout son intérêt culturel évident. Outre une analyse assez fine et juste de la société nippone des années 30, Mizuki nous ouvre un monde qu’il aime et que tout fan de manga a un jour au moins effleuré : le monde des yokai. Profondément encrés dans la culture de l’archipel, les yokai sont ces fameux monstres folkloriques tantôt facétieux, tantôt dangereux, qui peuplent l’imaginaire japonais depuis des siècles. Les auteurs les utilisant dans leur récit sont nombreux et Shigeru Mizuki possède l’étiquette du « spécialiste » en la matière. NonNonBâ nous confirme que ce statut n’est pas usurpé. Mais si le côté yokai vous laisse de marbre, NonNonBâ pourrait vous convaincre pour son analyse pertinente et sans concession de la société nippone de l’entre deux guerres. Par le biais du personnage de Shigeru, de sa famille, de ses amis, des villageois et des nouveaux arrivants, NonNonBâ nous en apprend beaucoup sur cette époque, loin d’être totalement paisible…

NonNonBâ, la grand-mère de Shigeru

Graphiquement, le style de Mizuki est parfaitement encré dans son époque et pourrait donc, une nouvelle fois, effrayer les lecteurs plus habitués au style contemporain. Et pourtant, Mizuki possède un sens du détail impressionnant dès lors qu’il s’agit de représenter les yokai ou les mondes imaginaires. Certes, ses visages ne sont pas parfaitement symétriques et peuvent rarement être qualifiés de « beau ». Mais il s’agit là d’un choix et non d’un défaut.

Passons maintenant à l’édition proposée par Cornélius. Qualifiée par beaucoup d’excellente facture, certains détails demeurent gênants pour les lecteurs assidus et chagrinent quelque peu. Si on peut saluer l’introduction instructive et les notes de fin de volumes (même si cinq pages de notes, cela fait un peu beaucoup), il est plus difficile de considérer que le choix de traduire les onomatopées sous les cases était le meilleur possible. Alors oui, c’est celui qui demande le moins de travail de retouches et qui respecte le plus l’oeuvre d’origine puisque le dessin ne se trouve en rien modifié. Mais prendre l’habitude de regarder sous chaque cases pour voir si le contenu de celle-ci est traduit se révèle fastidieux et parfois fatigant… C’est ici le seul point négatif d’une édition de très bonne facture globale, avec un papier de qualité qui devrait sans souci résister au temps qui passe.

Oeuvre majeure de son auteur, idéal pour débuter dans le domaine yokai et instructif sur le Japon des années 30, NonNonBâ n’a pas volé son prix de meilleur album de 2007. Si le titre ne pourra clairement pas plaire à tout le monde, les amoureux de BD et de folklore japonais seront aux anges. Un excellent ouvrage, qui donne fortement envie de découvrir le reste de la bibliographie de Shigeru Mizuki. Cela tombe bien, beaucoup de ses séries sont disponibles chez nous. Une autre bonne nouvelle.

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2 réflexions sur “NonNonBâ – Shigeru Mizuki

  1. Darkjuju dit :

    Comme dit dans cette publication, l’auteur arrive à mêler parfaitement réalité et fiction, inspiré de sa vie personnelle et de son amitié avec NonNonba (lire Vie de Mizuki). L’auteur nous plonge dans un Japon du passé réaliste et nous envoutent avec son folklore de l’époque. A lire absolument.
    La nouvelle génération est focalisé sur le dessin et non sur l’histoire c’est fort regrettable.

    • sweetmadonna dit :

      Il est vrai que la nouvelle génération recherche avant tout du divertissement. Et souvent, « l’esthétique » prime sur le contenu. Si on s’écarte des standards, on se coupe d’une frange du lectorat. Du coup, c’est plutôt une bonne chose que ce soit Cornélius qui publie les oeuvres de Mizuki : les lecteurs de Cornélius, majoritairement des fans de BD franco-belge, semblent moins obtus et plus curieux. Seul le prix peut rebuter mais c’est le coût de la qualité ^^

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