Undercurrent – Tetsuya Toyoda

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7 octobre 2013 par sweetmadonna

Alors que nous verrons bientôt une seconde oeuvre de Tetsuya Toyoda dans notre beau pays avec la parution du recueil Goggles (qui est le titre de la nouvelle ayant permis à l’auteur de remporter le convoité prix Afternoon et donc de débuter sa carrière) chez Ki-oon le 24 octobre, retour sur le titre qui l’a fait connaître en France, le one-shot Undercurrent,  de la sélection officielle du festival international de la BD d’Angoulême et lauréat du prix Asie ACBD en 2009. On peut dire que la barre est placée relativement haute et on s’attend donc à une lecture de qualité. Publié dans la collection Made In de Kana, Undercurrent bénéficie en tout cas d’une édition de qualité, au format 20,8 x 15 pour un peu plus de 300 pages.

Undercurrent, Tetsuya Toyoda

Comme le titre de ce seinen peut le laisser penser, Undercurrent est une histoire ou les sous-entendus prennent une place prépondérante. Ayant pris la succession de son père décédée, Kanae est devenue responsable de l’établissement de bain public familial, le Tsuki no yu. Mais elle se voit contrainte de fermer temporairement ses portes suite à la disparition inexpliquée de son mari lors d’un voyage avec le syndicat de la profession. C’est donc une femme délaissée, s’interrogeant sur l’homme ayant partagé sa vie toutes ses années et parti du jour au lendemain, que nous invite à suivre Tetsuya Toyoda. A partir de quel moment peut-on considérer que l’on connait vraiment quelqu’un ? Cette question fait partie de nombreuses autres que se posent notre héroïne, qui reçoit l’aide d’un employé envoyé par le syndicat et d’une amie qui lui présente un détective privé pour retrouver la trace de son époux évaporé.

 

Undercurrent, Tetsuya Toyoda

 

Les sous-entendus, il en est question un peu tout le temps dans Undercurrent. Kanae a l’impression que son mari n’osait pas lui dire certaines choses, Kanae n’a pas eu le courage de parler étant enfant lors de la disparition de sa meilleure amie, Hori ne tient pas à ce que Kanae connaisse ses origines… Bref, il s’agit d’une thématique centrale de l’oeuvre, où les relations entre personnes sont difficiles, pleines de non-dits, très proches finalement de celles que l’on peut rencontrer dans la vie de tous les jours. Ce côté réaliste d’Undercurrent se ressent jusque dans le trait de Tetsuya Toyoda, très épuré, sans superflu – dans un style parfois proche de l’aquarelle –  et pourtant ô combien expressif. La solitude de Kane, ses doutes, ses questionnements intérieurs s’expriment parfaitement à travers le coup de crayon du mangaka, tout comme nous ressentons pleinement la peur qui s’empare du « pervers » du chapitre 5. Tout en finesse, Tesuya Toyoda nous offre donc un graphisme qui colle parfaitement à son récit, en faisant ainsi un tout cohérent.

 

Undercurrent, Tetusya Toyoda

 

Oeuvre complète, Undercurrent aurait très bien pu se terminer par un merveilleux happy-end. Mais non, Tetsuya Toyoda ayant décidé de nous servir un titre réaliste jusqu’au bout, avec une conclusion loin des visions trop rose bonbon que l’on nous propose régulièrement. Crédible et efficace, cette conclusion termine en beauté un titre ayant réussi à incorporer progressivement de petites intrigues et permettant de suivre le cheminement de cette jeune femme délaissée et tiraillée intérieurement par des blessures plus ou moins récentes. Une oeuvre qui mérite donc bien évidemment le coup d’oeil et dont la réputation et les prix reçus sont loin d’être immérités. Espérons que Goggles suive le même chemin.

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3 réflexions sur “Undercurrent – Tetsuya Toyoda

  1. Raismith dit :

    Je garde un bon souvenir d’Undercurrent. Notamment l’ambiance calme et presque mélancolique des bains. Et effectivement, la fin était surprenante. Je pense que c’est pour ça que le manga a été un petit remarqué : on ne l’attendait pas et on est surpris.

    Mais même si je l’ai apprécié, Goggles ne me fait pas spécialement envie… A tort peut-être ?

    • sweetmadonna dit :

      Comme dit dans l’article, le simple fait que ce recueil contienne la nouvelle ayant permis à l’auteur de débuter sa carrière mérite mon intérêt car j’aime bien voir comment ont débuté les auteurs. Cela me permettra également de voir ce que peut donner Toyoda sur des histoires courtes de 20/50 pages, qui est un exercice bien différent d’une oeuvre plus longue, tout comme d’ailleurs l’exercice du one-shot est différent de celui de la longue série.

      Je vais d’ailleurs avoir prochainement l’occasion d’en dire plus puisque je viens de débuter la lecture de Goggles. 😉

  2. Darkjuju dit :

    Super One shot, émouvant et criant de réalisme, je suis resté accroché à l’histoire et je voulais absolument suivre le futur incertain de l’héroïne qui essaye de se reconstruire. Je recommande absolument 🙂

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